La mère de celui qui écrit

Brahim Metiba Ma mère et moi Editions du Mauconduit, mars 2015

Brahim Metiba
Ma mère et moi
Editions du Mauconduit, mars 2015

L’homme qui écrit raconte les journées de sa mère. Il n’invente pas, il veut dire l’essentiel. En peu de mots, en peu de jours, il veut raconter combien il a changé depuis l’Algérie de son enfance. Assez pour que sa mère ne parvienne plus à le comprendre : il faut trouver les mots maintenant, au présent, les seuls capables de décrire l’éloignement du fils. En démontrant que la distance demeure irrémédiable.

A l’intérieur du livre, il y a vingt trois journées qui forment vingt trois chapitres. Des chapitres de peu de mots détenant beaucoup d’émotion, et l’émotion donne sa puissance au récit : « J’essaie de secouer ma mère dans ses certitudes. Pour qu’elle accepte que je puisse ne pas désirer les femmes et que ça ne changera pas, que j’aime les hommes et que ça ne changera pas. Mais ce n’est pas possible. Ma mère le sait. »

Il se trouve que j’ai lu ce livre à voix haute. Ce n’est pas mon habitude. J’ai d’abord préparé le café, servi la femme que j’aime et lu les premières pages en silence, près de la femme qui buvait le premier café du matin. Il se trouve que sa famille est venue d’Algérie elle aussi. Que sa mère ressemble à celle du livre, qu’elle l’appelle sa yema : le mot mère en arabe, un des premiers qu’elle m’ait appris. La maman de celle que j’aime s’adresse en arabe à ses enfants, à ses petits enfants qui ne peuvent la comprendre. C’est la raison pour laquelle j’ai voulu lire les premières pages de Ma mère et moi à voix haute, Le premier jour, pour qu’en buvant son café Lalia entende l’écriture de Brahim Metiba.

A la fin du premier chapitre, ni elle ni moi n’avons imaginé interrompre la lecture pour la reprendre plus tard. Par chance, c’était un dimanche et nous avions la matinée devant nous. Nous avons bu tout le café, mangé le pain et les croissants en refaisant du café, en continuant jusqu’aux dernières pages la lecture à voix haute. Ecoutez : « Ce sont les dernières pages du Livre de ma mère. Ma mère est contente d’entendre Albert Cohen rendre hommage à toutes les mères, et demander aux fils de prendre soin de leurs mères. Je dis à ma mère que je veux écrire un livre aussi émouvant, aussi juste que celui d’Albert Cohen. »

Brahim Metiba a accompli le vœu du fils au vingt-troisième jour. Il a écrit ce livre inespéré, aussi émouvant, aussi juste que celui d’Albert Cohen. Un livre que je relirai à voix haute pour celle que j’aime, attentive et émue en buvant son café du matin.

Brahim Metiba, Ma mère et moi
Editions du Mauconduit, Paris, mars 2015, 57 pages, 7,50 €

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