Nadejda Tolokonnikova, ne vous sauvez pas. Tombez amoureux

Pussy Riot

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Jeune philosophe rêvant de révolution au pays des révolutions mortes, Nadejda Tolokonnikova fonde les Pussy Riot à 21 ans pour défendre, par une stratégie arrachée aux Sex Pistols et aux manifestes situationnistes, l’égalité des sexes et la liberté absolue d’exprimer sa pensée. Très vite, les Pussy Riot subissent une répression politique habituelle en Russie, et c’est pour les défendre que Piotr Pavlenski se coud les lèvres de fil noir, face au tribunal de justice qui allait condamner les trois jeunes femmes aux travaux forcés, revenant aux logiques périmées du goulag soviétique.

Jour après jour, nous continuons de publier les écrits de Nadejda Tolokonnikova, qui en appellent à une l’insurrection d’une pensée libérée de tous les pouvoirs. Si les clans dirigeants du Kremlin et de la Maison blanche prétendent encore nous asservir, si les €urocrates et les ministres de l’Intérieur européens pensent nous endormir à coups d’état d’urgence, alors qu’à Ankara et à Damas l’AKP et la clique d’el-Assad continuent de massacrer leurs peuples, nous appelons à incendier les vieux symboles d’un pouvoir qui n’est plus qu’une nuisance, comme Piotr Pavlenski avait pu mettre le feu aux portes du FSB, dans la nuit moscovite.

T.

Pussy Riot

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3. Des raisons pour quitter la Russie, les gens en ont des tas. En général, ils en ont beaucoup moins pour rester. Les raisons qui poussent à rester se révèlent en revanche plus essentielles. On a envie d’y compatir, on a envie de s’y rallier.

— Pourquoi je ne pars pas ? Je vis ici… c’est ici que je ressens des choses, c’est ici que je… tombe amoureuse.

Ne vous sauvez pas. Tombez amoureux.

Moscou, aéroport de Cheremetievo. On vient juste de rentrer de Russie. Le douanier prend mon passeport, le passe dans l’ordinateur, le reprend, l’examine. Décroche le téléphone. Demande :
— Tolokonnikova Nadejda Andreïevna. Elle peut entrer ?
Il écoute les instructions, hoche la tête. Puis tamponne le passeport, m’invite à avancer.
Suivante : Macha. Le douanier entre entre ses données dans la machine et soupire.
— Mademoiselle, qu’est-ce qui se passe d’habitude pour vous à la douane ?
— ???
— Oui, quand vous passez la frontière et qu’un gars comme moi est assis là, qu’est-ce qu’il fait ? Il appelle son supérieur ?
— Honnêtement, je ne sais pas. Pourquoi, j’ai tout faux là-dedans ? Demande Macha en désignant du menton l’ordinateur.
— Pas exactement tout, mais vous savez, ce n’est pas terrible.

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Nadejda Tolokonnikova,
How to start a revolution, 2015, traduit du russe par Paul Lequesne

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