Pussy Riot & Nadejda Tolokonnikova, le pouvoir ici c’est nous

pussy-2Jeune philosophe rêvant de révolution au pays des révolutions mortes, Nadejda Tolokonnikova fonde les Pussy Riot à 21 ans pour défendre, avec une stratégie arrachée aux Sex Pistols et aux manifestes situationnistes, l’égalité des sexes et la liberté absolue d’exprimer sa pensée. Très vite, les Pussy Riot subissent une répression politique habituelle en Russie, et c’est pour les défendre que Piotr Pavlenski s’est cousu les lèvres de fil noir, face au tribunal de justice qui allait condamner les trois jeunes femmes aux travaux forcés, revenant aux vieilles logiques du goulag soviétique.

Jour après jour, nous publions les écrits de Nadejda, qui en appellent à une insurrection de la pensée contre tous les pouvoirs. Si les équipes dirigeantes du Kremlin et de la Maison blanche prétendent nous asservir, si les €urocrates et les ministres de l’Intérieur européens pensent nous endormir à coups d’état d’urgence, pendant qu’à Ankara et à Damas l’AKP et le clan d’el-Assad continuent de massacrer leurs peuples, nous appelons à incendier les vieux symboles d’un pouvoir périmé, vite, comme Piotr Pavlensky avait pu mettre le feu aux portes du FSB, dans la nuit moscovite.

T.

2. Le pouvoir, ici, c’est nous.

Russians by Birth, Rebels by Choice.

Quand l’aiguille, brutalement, transperce l’ongle et pénètre la chair, les cinq premières secondes la conscience n’analyse pas ce qui se passe. Ni le mal ni rien. Cinq secondes plus tard, la vague de douleur déferle : ouah ! Regarde, l’aiguille te traverse le doigt. Voilà pourquoi tu ne peux pas retirer ta main. C’est tout simple.

Tu pourras rester cinq minutes seule à seule avec ta phalange abîmée, mais pas plus. Il faut continuer à coudre. Tu t’es déjà planté l’aiguille dans le doigt, non ? Comment ça un pansement ? D’où veux-tu qu’on le sorte ? Tu es dans la zone, ma petite.

Alors tu couds. Tu trembles – non de douleur, mais d’étonnement : on vient de pénétrer ton doigt pour la première fois. Considère qu’on t’a ôté ta virginité. C’est un grand événement.

Nadejda Tolokonnikova, How to start a revolution, 2015, traduit du russe par Paul Lequesne

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