Nadejda Tolokonnikova, premier jour de prison

pg-38-pussy-riot-1-apJeune philosophe rêvant de révolution au pays des révolutions mortes, Nadejda Tolokonnikova fonde les Pussy Riot à 21 ans pour défendre, par une stratégie arrachée aux Sex Pistols et aux manifestes situationnistes, l’égalité des sexes et la liberté absolue d’exprimer sa pensée. Très vite, les Pussy Riot subissent une répression politique habituelle en Russie, et c’est pour les défendre que Piotr Pavlenski se coud les lèvres de fil noir, face au tribunal de justice qui allait condamner les trois jeunes femmes aux travaux forcés, revenant aux logiques périmées du Goulag soviétique.

Nous publions les écrits de Nadejda Tolokonnikova dans Un cahier rouge, parce qu’ils en appellent à une insurrection de la pensée contre tous les pouvoirs, et qu’ils racontent au quotidien une lutte pour la liberté totale d’expression, une liberté de plus en plus menacée en Europe et aux Etats-Unis, en Turquie et au Moyen-Orient, en Afrique autant qu’en Asie. Si les équipes dirigeantes du Kremlin et de la Maison blanche prétendent nous asservir, si les €urocrates et les ministres de l’Intérieur européens pensent nous endormir à coups d’état d’urgence, pendant qu’à Ankara et à Damas l’AKP et le clan el-Assad continuent de massacrer leurs populations prises au piège, nous appelons à incendier les vestiges d’un pouvoir qui n’est plus qu’une nuisance dans nos vies partageuses, comme Piotr Pavlenski avait pu mettre le feu aux portes du FSB, seul dans la nuit moscovite.

T.

« Féminisme et féministe sont des mots injurieux et inconvenants. », a déclaré la victime, le gardien de la cathédrale du Christ-Sauveur, Beloglazov, lors du procès des Pussy Riot.

Puisque c’est comme ça, jure autant que tu peux. Crache des insultes, sois inconvenant.

Je n’avais jamais su, auparavant, faire des pompes comme un homme, en touchant le sol de la poitrine. En prison, j’ai appris. Lors des promenades, je m’impose des centaines d’exercices épuisants. Et ensuite, je vais à la salle de sport, je me mets aux haltères, au home trainer, j’enseigne aux autres à boxer, je travaille les chutes.

Le Journaliste : Une dernière question. Que regrettez-vous le plus dans votre vie, que considérez-vous comme une erreur que vous aimeriez ne plus jamais commettre ?

V. Poutine : Je vais être tout à fait franc avec vous, là maintenant, il n’y a rien qui me revienne à l’esprit. Visiblement, Dieu a bâti ma vie de telle manière que je n’ai rien à regretter.

Le journaliste : Vous êtes un homme heureux.

V. Poutine : Gloire à toi, Seigneur.

L’État, c’est simplement des fonctionnaires, des employés de bureau que nous payons. Pas des patrons. Des sous-fifres. Ce qu’on demande à un fonctionnaire, c’est d’être consciencieux, discret et modeste, de rendre compte de chacun des ses actes. S’il ne le fait pas – au revoir ! – on en embauche un autre.

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Une gardienne face à une détenue dans une serre du camp de Krasnoyarsk, en Sibérie, le 5 septembre 2007. © Ilya Naymushin

Je me lève avec difficulté pour aller pisser. J’ai une faim atroce. Mon estomac rêve de nourriture, et ce rêve contamine mon cerveau.

 

Premier jour en prison.

Les toilettes se résument à un trou puant percé bizarrement dans une sorte de piédestal en carrelage. Au plafond, juste au-dessus du trou, est fixée une caméra de surveillance. Rincez-vous l’œil, enfoirés. Je baisse mon pantalon et m’accroupis.

– Petit déjeuner ! Petit déjeuner !

Le volet du guichet de ma porte de cellule se rabat avec fracas.

– On prend le petit déjeuner !
– Je refuse.
– On le prend quand même !
– Non, pas moi. Je fais la grève de la faim.
– Mais tu vas voter ?
– Oui, bien sûr, dis-je d’un ton vif.
– On se prépare alors, on s’habille, on fait son lit.

Une demi-heure plus tard, la nouvelle de ma grève de la faim est parvenue jusqu’au directeur de la maison d’arrêt, et on me conduit à son bureau. Juste après que j’ai voté.

– Arrête ça tout de suite avec moi. Reprends ta déclaration, de toute façon je ne la signerai pas.

Le directeur ne dissimule pas l’irritation que lui cause ma lettre.

– Vous êtes obligé de l’accepter. Et je ne changerai pas d’avis.
– Allons, tu vois bien que tout ça ne sert à rien, non ?
– Ma décision est prise.
– Tu te rends compte au moins de comment tu te conduis, là ?
– Et comment ?
– Comme une… une révolutionnaire, tiens.
– Très flatteur.
– Alors quoi, on se remet à manger ?
– Non.

On me ramène à ma cellule. Lumière crue qui pique les yeux et odeur de chiottes sales.

Nadejda Tolokonnikova, How to start a revolution, 2015, traduit du russe par Paul Lequesne

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